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Europan 8||Urbanité européenne et projets stratégiques

affiche europan 8

Préambule: trois thématiques transversales

Europan souhaite favoriser l'expression d'une forme d'innovation architecturale et urbaine. Mais en même temps Europan oeuvre pour que les idées primées au concours puissent évoluer vers des réalisations. Afin de favoriser la prise en compte de ce processus complexe par les représentants des sites proposés à la huitième session, Europan a organisé en novembre 2004 à Ljubljana (Slovénie) un forum avec toutes les villes et les aménageurs participants à la huitième session L'objectif était d'engager un débat avec eux pour explorer précisément suivant quelles logiques pouvait se nouer cet entrelacement de représentations multiples, suivant quels systèmes d'échanges et de regards croisés sur la mutation d'un site s'effectue l'évolution des idées vers des projets concrets.

Ce débat s'est centré, à partir du thème général "urbanité européenne", sur les thèmes majeurs auxquels les acteurs vont être confrontés dans le développement des processus de réalisations dans des situations urbaines diverses et où ils doivent s'attendre à avoir des réponses innovantes, quelquefois surprenantes en termes de projets, qu'il leur faudra gérer.

Ces thèmes en fait peuvent être considérés comme ceux qui traversent toutes les sessions d'Europan: les enjeux programmatiques, les questions d'échelles et le rapport entre ville et nature.

Ces mêmes thèmes sont ceux qui interpellent les concurrents d'Europan 8, c'est pourquoi la synthèse des trois débats du Forum des sites est une entrée en matière pour réfléchir plus largement sur le cadre programmatique transversal de la session.

PROGRAMMES URBAINS COMPLEXES

Didier Rebois, secrétaire général d'Europan

Comment gérer en termes de processus de projet, le mélange de fonctions à l'échelle urbaine - que ce soit celle d'un nouveau quartier avec de l'habitat, des équipements et des services ou celle permettant la revitalisation d'une aire plus ancienne, dont une partie des usages est tombée en désuétude. La complexité demandée dans beaucoup de programmes accompagnant les sites d'Europan s'est renforcée au fil des concours. Mais, appliquée à des contextes suburbains au développement lent, la mixité programmatique prend souvent la forme d'un souhait qui peut se révéler surévalué dans la phase opérationnelle. Comment donc prendre en compte dans les projets, l'instabilité programmatique des contextes?

Certains projets réalisés d'Europan se sont déjà confrontés à cette question soit en enrichissant les programmes d'habitat par des fonctions complémentaires, soit en concevant des bâtiments qui permettent d'imbriquer des usages divers, soit encore en structurant le site de manière à y permettre l'implantation progressive de programmes variés.

Le débat, animé par Hugo Hinsley, architecte enseignant à l'AA School, membre du Conseil Scientifique d'EUROPAN, s'est focalisé autour de deux projets urbains illustrant des attitudes différentes, le projet processus de Bernard Reichen, architecte urbaniste parisien, dans le quartier de l'Union à Lille en France et le projet de l'équipe lauréate d'Europan 6 à Tolède, Arroyo Zapatero et Perez Romero, proposant une approche plus architecturale pour gérer la mixité des fonctions.

Hugo Hinsley, architecte, membre du Conseil Scientifique d'Europan

La mixité multifonctionnelle est un sujet d'une très grande actualité que l'on associe très souvent au thème du développement durable. Trois niveaux de réflexion sont à gérer lorsque l'on parle de la dimension urbaine de la mixité. Tout d'abord il faut comprendre qu'un projet peut opérer à des échelles différentes, à tous les niveaux du territoire et il est très important d'articuler ces différentes échelles car les solutions partielles ne fonctionnent pas. Ensuite il faut se poser la question de la forme de l'espace et de ses modes de fabrication. Quelles sont les possibilités de faire de nouvelles structures urbaines - incluant infrastructures aussi bien que morphologies - sans altérer celles existantes ? Enfin il faut s'interroger, non sur la densité, mais sur l'intensité urbaine que l'on veut atteindre. La mixité fonctionnelle, la notion de mélange, a aujourd'hui une connotation positive, mais à quelle échelle est-elle pertinente ? Chaque bâtiment doit-il contenir trente activités ou fonctions différentes ? Ou une seule activité mais à une échelle plus grande?

A ces trois niveaux se pose la question des outils pour fabriquer cette multifonctionnalité. Car on ne peut plus s'appuyer seulement que sur les réglementations, il faut imaginer des processus urbains adaptés plus souples. Comment, enfin, intégrer la durabilité, non pas simplement en produisant des bâtiments plus performants au niveau technique et environnemental, mais aussi en prenant en compte les aspects sociaux et politiques du changement urbain.

LES ÉCHELLES D'INTERVENTION : VILLE / ARCHITECTURE

Didier Rebois, secrétaire général Europan

Le second thème sur l'entrelacement de différentes échelles dans le projet est, sans conteste, le plus transversal car il concerne la plupart des sites d'Europan qui proposent à la fois une échelle urbaine, voir quelquefois territoriale et une échelle architecturale de proximité. C'est sans doute en prenant en compte cette articulation urbaine/architecturale que les projets peuvent devenir stratégiques en apportant des réponses intéressantes qui jouent de ces échelles, à un moment où la division entre urbanisme et architecture est remise en cause. L'enjeu est important car il s'agit de sortir d'un urbanisme du plan, fonctionnaliste et technique, pour introduire un urbanisme tridimensionnel qui pense la ville dans ses effets visibles et sensibles et intègre la complexité de l'existant et l'échelle du temps. Comment penser le territoire, le figurer dans ses lignes de forces et articuler la représentation d'un paysage avec celle d'un groupe d'édifices ? Dans la ville contemporaine, ces questions de perception du devenir d'un site dans son contexte sont liées à la question des mobilités urbaines qui modifie fortement le mode de penser et fabriquer la ville.

Pour illustrer cette problématique essentielle, deux exemples différents ont été présentés au Forum des Sites. L'urbanisation actuelle de la ville de Copenhague, qui d'un rapport ville-périphérie évolue vers un développement en « couloirs urbains territoriaux » liés aux mobilités, sera présentée par Jens Kvorning, urbaniste et professeur à l'Ecole d'architecture de Copenhague. Il montrera comment cette nouvelle ville « en lignes et points » pose des questions sur le rapport forme urbaine et espaces bâtis. Puis à partir de son projet lauréat d'Europan 6 à Villetaneuse en France, Djamel Klouche, de l'AUC, présentera une démarche intéressante pour penser précisément la ville à plusieurs échelles : des lignes de force structurantes pour relier les « îles » issues du zoning suburbain, à celles d'opérations ponctuelles flexibles positionnées stratégiquement en fonction des opportunités urbaines.

Pascal Amphoux, géographe, enseignant, membre du Comité scientifique d'Europan

L'échelle, c'est d'abord une relation, un rapport entre deux dimensions, un rapport entre le réel et sa représentation, comme l'échelle cartographique, une représentation du territoire. Mais qu'est-ce que l'échelle projet dès lors qu'il n'existe pas ? On va devoir croiser des échelles différentes pour exprimer par le projet ce que le territoire sera.

Mais la notion d'échelle ne peut pas se réduire à la question spatiale. Le projet urbain se caractérise par le fait que les échelles spatiales différentes renvoient au développement social que ce soit au niveau du quartier, ou à celui de la ville, et même au niveau de l'objet architectural qui va être signifiant du point de vue de l'usage. Dans les concours Europan, on peut parler d'échelle sociale, non au sens de classes sociales, mais plutôt en termes d'échelle de sociabilité à prendre en compte dans les projets, et qui traite du type d'interactions sociales différentes dans les différents sites.

Les échelles de temps sont encore une autre dimension. Le projet urbain aujourd'hui, par rapport au projet classique, se caractérise par une nouvelle prise en compte du temps, une manière de penser le projet non pas en termes d'objets contigus ou de zonage de l'ensemble du territoire, mais comme une façon de promouvoir des parties de projet qui vont évoluer à des rythmes différents.

HABITER LA NATURE

Didier Rebois, secrétaire général Europan

Les citadins aspirent à « habiter la nature ». Ce thème concerne plusieurs réalisations d'Europan, qui ont pris en compte la valorisation ou la création d'espaces naturels à différentes échelles. Il peut s'agir de la conception d'un grand parc métropolitain en centre ville, ou au contraire de l'insertion, à l'échelle domestique, de micro-éléments végétaux dans les espaces de transition entre logements.

Vivre dans la nature répond à un besoin universel de l'être humain, comme part du vivant. Mais des interprétations très différentes de la nature sont fournies par les lauréats d'Europan. Leurs points de vue culturels sur l'environnement naturel, dès lors qu'il devient urbain, nourrit un débat qui se poursuit dans les réalisations, comme à Alicante en Espagne où l'équipe lauréate française Obras a pu réaliser un parc urbain sur une colline au centre de la ville qui offre aux citadins un vaste espace ouvert appropriable. Mais un parc peut être habité et apporter une réponse intéressante, alternative à l'habitat individuel consommateur de terrain et à l'habitat collectif dense, souvent mal ressentie par les usagers. D'autres projets primés à Europan travaillent sur la fusion entre architecture et nature à l'échelle urbaine alternant masses végétales et masses bâties dans une grille urbaine, ou à l'échelle architecturale en concevant de nouvelles façades traitées comme des peaux végétales.

Les deux projets qui ont servi de références au débat sont de type très différents. A Amterdam sur le fleuve, proche du port déjà transformé en quartier de logements, le projet d'IJburg repose sur une artificialisation extrême de la nature avec la création d'îles résidentielles; alors que le projet en cours de réalisation d'Europan 7 à Tromso en Norvège de l'équipe lauréate espagnole, Franco Sentkiewicz, propose une nouvelle manière d'habiter au bord de l'eau dans un paysage naturel de grande qualité qu'il s'agit de « valoriser » plus que de « conquérir ».

Han Meyer, professeur, chercheur, Delft(NL) membre du Comité scientifique d'Europan

Qu'est-ce qui est de l'ordre de l'urbain et qu'est-ce qui est de l'ordre de la nature et quel type de relation entretiennent-ils? Si nous observons ce rapport dans différents pays, on constate des approches et des perceptions complètement différentes. Il est intéressant de comprendre ce que signifient ces différences dans le contexte de la mondialisation. La question qu'on pourrait se poser est comment éviter une uniformisation de l'architecture et de la nature, comment éviter que tout devienne identique dans les années futures.

Roger Riewe, architecte, Graz (A) membre du Comité scientifique d'Europan

L'idée de la nature effectivement n'est pas la même suivant les régions, donc il est important de traiter les aspects spécifiques et la manière dont elle est perçue. La vie urbaine dans la nature n'est pas seulement une question philosophique ; et si nous regardons l'histoire du dix-neuvième siècle, on trouve différentes manières de penser l'intégration de la nature et de la ville. On associe la nature urbaine avec l'idée d'harmonie qui a soustendu beaucoup de doctrines qui ont défendu les parcs urbains ou les cités-jardins ou encore les villes vertes. Ce qui leur est commun c'est l'idée de se débarrasser de tout ce qui était laid, dans la ville industrielle, la pollution ou la trop grande densité, de résoudre une situation malsaine et créer des environnements d'harmonie sociale. Cette question de savoir comment la nature peut contribuer à rendre la ville harmonieuse est-elle toujours d'actualité? Notre débat devra aussi s'intéresser à la manière de transférer ces idées sur la relation nature-ville dans les projets urbains.